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Créativité et mesure : les priorités d'un marché publicitaire tendu
The Media Leader publie un entretien avec Laurent Broca (Havas), dont le titre retient la formule selon laquelle « dans un marché tendu, la créativité et la mesure deviennent des armes ». Nous partons de ce couple créativité-mesure pour détailler ce qu'un annonceur peut cadrer dès le brief.
L'entretien publié par The Media Leader met en avant, selon son titre, l'idée que la créativité et la mesure prennent une importance accrue lorsque le marché se tend. Les éléments accessibles ne reprennent pas le corps de l'entretien : nous ne pouvons donc pas restituer les arguments développés ni les exemples cités. Le rapprochement de ces deux notions est en revanche un fil directeur utile pour une entreprise qui structure une consultation d'agence, et c'est ce que nous développons ici.
Créativité et mesure sont longtemps apparues comme deux univers séparés, l'une associée à la marque et au long terme, l'autre à la performance immédiate et aux canaux à réponse directe. Leur rapprochement traduit une exigence de plus en plus courante côté annonceur : justifier l'investissement publicitaire dans son ensemble, y compris la part destinée à la notoriété, et démontrer que le contenu créatif contribue aux résultats plutôt que de se juger uniquement à sa réception professionnelle.
Encore faut-il définir ce que l'on entend par mesure. Plusieurs approches coexistent et ne répondent pas aux mêmes questions. Les modèles d'attribution suivent les points de contact d'un parcours numérique. Les modélisations économétriques cherchent à relier les investissements à des ventes sur longue période, tous canaux confondus. Les tests d'incrémentalité, notamment par zones géographiques ou par cellules exposées et non exposées, visent à isoler l'effet propre d'une campagne. Les études de notoriété et d'agrément mesurent des effets de mémorisation et d'image.
Le choix entre ces approches n'est pas neutre pour la relation avec l'agence. Une agence qui achète l'espace et produit elle-même la mesure de la performance se trouve en situation d'évaluer son propre travail. Cela n'invalide pas ses données, mais justifie que les définitions des indicateurs, la source retenue et les règles de calcul soient fixées à l'avance et, pour les enjeux importants, qu'une vérification indépendante soit prévue. Ce point se négocie plus facilement à la signature qu'après une campagne décevante.
En pratique, il est utile d'arrêter dans le brief un petit nombre d'indicateurs hiérarchisés : un ou deux objectifs d'affaires, quelques indicateurs intermédiaires, et les seuils considérés comme satisfaisants. Une liste trop longue dilue la responsabilité et rend toute évaluation contestable. Précisez également la périodicité de la mesure, l'outil de référence en cas de divergence entre sources, et la durée d'observation retenue, en particulier pour les effets qui ne se manifestent pas dans la semaine suivant la diffusion.
La rémunération liée à la performance découle logiquement de ce cadrage, mais elle demande des précautions. Elle suppose des indicateurs incontestables, indépendants des variations de saisonnalité et des actions commerciales menées en parallèle, ainsi qu'une part fixe suffisante pour couvrir le coût des équipes. Un dispositif mal calibré incite à optimiser l'indicateur plutôt que le résultat, par exemple en concentrant les investissements sur les audiences les plus faciles à convertir au détriment du recrutement de nouveaux clients.
La créativité, de son côté, gagne à être évaluée autrement que par le goût des décideurs. Des pré-tests sur cibles, des tests comparatifs de variantes, ou une analyse des éléments effectivement mémorisés permettent de documenter des choix qui, à défaut, se règlent par arbitrage hiérarchique. L'objectif n'est pas de rendre le processus créatif mécanique, mais de disposer d'éléments factuels pour discuter avec l'agence et pour arbitrer entre des propositions qui plaisent inégalement en interne.
Pour une entreprise qui compare des agences, ce couple créativité-mesure constitue une grille d'entretien efficace. Demandez comment l'agence a mesuré l'effet d'une campagne récente, quelles limites elle reconnaît à sa méthode, ce qu'elle aurait fait différemment, et comment elle traite le cas d'un résultat inférieur aux attentes. Les réponses distinguent rapidement les structures qui disposent d'une pratique de mesure établie de celles qui produisent un reporting descriptif sans capacité d'interprétation.
Questions fréquentes
L'agence doit-elle mesurer elle-même la performance de ses campagnes ?
Elle peut le faire, mais l'auto-évaluation appelle des garde-fous. Fixez les définitions et la source de référence avant le lancement, et prévoyez une vérification indépendante sur les investissements les plus significatifs.
Quels indicateurs faut-il fixer dès le brief ?
Un ou deux objectifs d'affaires, quelques indicateurs intermédiaires et des seuils de satisfaction, avec la périodicité de mesure et la durée d'observation. Une liste courte et hiérarchisée vaut mieux qu'un tableau de bord exhaustif.
Peut-on indexer la rémunération d'une agence sur les résultats ?
Oui, à condition que les indicateurs soient incontestables et peu sensibles aux facteurs extérieurs, et qu'une part fixe couvre le coût des équipes. Un variable mal conçu oriente l'effort vers l'indicateur plutôt que vers le résultat.
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